CPEG: spéculation contre stabilité financière (1)

Pendant des dizaines années, les partis politiques genevois du 20e siècle, tous unis dans une politique dramatiquement irresponsable, se sont montrés inconséquents et démagogues. En vidant les caisses, ils nous ont conduits dans une direction tout à fait dangereuse.  Cette crise qu'a traversée la CPEG est emblématique du combat entre spéculation et stabilité financière.

Depuis des dizaines et des dizaines d'années - on pourrait sans doute remonter à un demi-siècle - Genève subit un grave déséquilibre qui a été trop longtemps nié et qui frappe autant les finances cantonales que les caisses de pension publiques.

En effet, comme point central des finances publiques se trouve la solidité des caisses publiques de retraites (2e pilier) qui ont un effet très direct sur l'avenir de Genève. Face à la spéculation financière et aux déséquilibres financiers mondiaux (chutes des rendements financiers avec en point d'orgue l'arrivée des intérêts négatifs), comment peut-on, comment doit-on résister pour regagner une solidité financière nécessaire à l'avenir de notre République ?

Parce que je défends Genève et que je crois en son avenir, parce que les intérêts du plus pauvre au plus riche des habitants de notre canton en passant par la fonction publique doivent être défendus, je me suis engagé au Grand Conseil en faveur d'une réforme CPEG qui ne soit pas une destruction. Mon objectif: la solidité des finances genevoises et, par conséquent, de la principale caisse de pension de la fonction publique, la CPEG.

Avant tout, cela demande une mise en perspective et un bref historique pour bien poser la question.

Depuis au moins les années 1970, voire bien avant, le pouvoir politique de l'époque (gauche et droite confondus, sauf quelques rares individualités) a misé sur une course en avant déséquilibrée, en offrant des retraites très généreuses et confortables sans les financer par les cotisations de l'employé ou de l'employeur Etat (par les impôts), mais en misant sur les marchés boursiers et la "pérennité" de l'Etat cantonal.

Au début des années 2000, une conseillère d'Etat nous disait qu'il ne fallait pas s'inquiéter du fait que la caisse de retraite des enseignants et de l'administration (CIA) était très largement sous-financée à hauteur de plusieurs milliards. Si la CPEG n'avait pas les moyens de financer les retraites futures, on pouvait compter sur un Etat "pérenne". Tout allait bien, il ne fallait rien changer, nous disait-on.

L'entente PLR-PDC autant que la gauche cautionnaient ce système voué, un jour ou l'autre, à la catastrophe. Journaliste à cette époque, j'étais inquiet mais cette préoccupation ne troublait, en ce temps, pas grand monde, il faut bien l'avouer.

Pourtant, la simple logique nous laissait entrevoir que cela ne pouvait pas durer. Mais après nous, le déluge. Dans les années 2010, ce fut la douche froide en raison notamment de la grave crise financière de 2008. La principale caisse de pension de l'Etat risquait de ne plus être couverte à 50%, niveau d'alerte... En catastrophe, une réforme a été lancée en fusionnant les deux caisses CIA-CEH pour créer la CPEG. Concrètement, les prestations jusqu'alors très généreuses ont dû être brutalement réduites; en parallèle, une hausse importante des cotisations a été demandée aux employés; l'Etat a dû également refinancer ce qu'il n'avait pas payé depuis des décennies et il a été aussi appelé à augmenter ses cotisations en tant qu'employeur.

Malheureusement, ce refinancement n'a pas été suffisant et les scénarios économiques étaient trop optimistes. On pouvait se douter alors que seulement la moitié du chemin avait été parcouru. Les faibles taux d'intérêts de certains placements (allant vers les taux négatifs) ont eu un effet particulièrement négatif, rendant difficile une recapitalisation selon le chemin de croissance prévu.

Pour cette raison, il fallut à nouveau intervenir dès 2016-2017. Une fois de plus, nos décideurs avaient cru que la seule spéculation financière pourrait obtenir l'équilibre des caisses de pension et il était impossible d'atteindre les objectifs en raison d'un scénario beaucoup trop optimiste. Dans un premier temps, sous l'impulsion du conseiller d'Etat Longchamp, était proposée une réforme qui, après une chute brutale des prestations opérée par la nouvelle CPEG, réduisait encore de manière beaucoup plus importante les prestations (un remède de cheval) à un niveau qui deviendrait indécents, en particulier pour le personnel à mi-temps ou peu payé (personnel soignant notamment).

Face à cette proposition tout à fait inacceptable, j'ai soutenu avec le groupe MCG et co-signé le projet de loi déposé par les députés Christian Dandres et Alberto Velasco (PS), qui offrait une alternative intéressante avec comme point fort une solidité financière fondée sur un axe principal avec une symbolique forte: de l'immobilier locatif à prix raisonnable à construire sur la parcelle du PAV (Praille-Acacias-Vernets). Il est préférable de choisir des placements non spéculatifs qui doivent être la garantie du paiement des retraites et de l'équilibre à long terme des finances genevoises. C'était la solution proposée en 2018.

 

Dans le prochain blog, j'aborderai la suite de cette affaire centrale pour l'équilibre du canton de Genève..

A suivre...

François Baertschi, député MCG au Grand Conseil genevois

Commentaires

  • Intéressant et utile. Merci.

  • En 1990, il y avait 30'000 frontaliers avec une dette de quel montant? Et combien de chômeurs habitant Genève??? Mais voyons Genève est le mauvais élève de la classe, et les chômeurs sont des paresseux et des profiteurs (discours officiel!)!

  • En 2019, le nombre de frontaliers étrangers actifs dans le canton de Genève a augmenté de 4,9%, soit 4032 travailleurs de plus. Il avait fortement ralenti les deux années précédentes. A fin décembre, l'effectif atteignait 87'104 personnes.

    4032 travailleurs de plus en 2019 ! càd 77 nouveaux frontaliers par semaine !!!
    Tant pis pour nos chômeurs, ces loosers .....

  • On doit absolument savoir ce que coute tous ces frontaliers à Genève Ville/canton, 4000 chômeurs habitant Genève ça coute combien par année, et 4000 frontaliers engagés à leurs places ça coute combien à Genève??? Est ce que l'Office de l'Emploie est capable de donner ses chiffres je vais me renseigner très vite! On voit pleins d'affiches de la Ville de Genève qui parlent de re-localiser nos achats, re-localisons aussi nos emploies! Il y a en plus pour tout le personnel hospitalier/frontalier le risque d'être réquisitionné par le gouvernement français pour toutes autres pandémies! Les HUG avec moins 50/60% d'infirmières ça donnera quoi? Je me souviens d'un slogan défendu entre autre par manuel tornare (l'ami de la bobo-culture) dans les années 90 "J'habite à Genève, je consomme à Genève!*, lui qui habitait à "Chens-sur-Léman"! Lui qui achetait en France et qui consommait en France! Pour une politique de l'Emploie enfin responsable!

  • Un vol charter Porto Genève est arrivé lundi 4 mai (en plein confinement) afin de soutenir la viticulture genevoise. Depuis avril, Swiss aura transporté 363 employés viticoles. (4 vols réguliers et 1 vol charter)

    Agri Genève. elle aussi n'aime pas les chômeurs Genevois, ces loosers !!!

    "Il est pour nous essentiel de continuer à relier la Suisse au monde" dixit Agri Gve

  • épandre et répandre des pesticides partout dans nos campagnes en ce beau présents!

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