CPEG: solidité financière de l'Etat contre spéculation (2)

Dans un premier blog nous avons observé la dérive des caisses de pension publiques (CIA surtout, CEH également), en raison de la démagogie et de l'irresponsabilité mais également du jeu dangereux des placements financiers. En plusieurs étapes, la nouvelle caisse CPEG s'est dirigée - douloureusement - vers la stabilité financière, essentielle pour l'avenir de Genève.

En 2018, la nouvelle caisse de retraite CPEG (fruit de la fusion des caisses du 2e pilier genevois CIA-CEH) est à la croisée des chemin. La page des retraites, très généreuses et insuffisamment financées en raison de la démagogie des partis de gauche et de droite, est définitivement tournée. Le conseiller d'Etat Longchamp a proposé un remède de cheval avec une rigueur excessive. L'alternative présentée par le projet de loi soutenu par la gauche et le MCG incite la nouvelle conseillère d'Etat Nathalie Fontanet à proposer un nouveau projet de loi plus présentable que celui de son prédécesseur.

Pendant ce temps, les négociations n'ont pas cessé de se poursuivre, le Grand Conseil votant finalement à la fois le projet de loi des députés et celui porté par Nathalie Fontanet. Nous nous retrouvons face à une impasse puisque les deux lois ne peuvent pas entrer en vigueur simultanément. En faisant accepter une autre loi qui permet aux électeurs de choisir entre les deux modèles de refinancement de la CPEG, Genève sort in-extremis du clash.

Force est de reconnaître que les deux propositions se sont rapprochées. Il reste néanmoins une différence capitale.Le texte soutenu par le MCG offre davantage de garanties pour les assurés, notamment au travers du système dit de "primauté des prestations". Mais, contrairement à ce que beaucoup croient, il ne s'agit pas d'une protection absolue des prestation, juste une "primauté" desdites prestations par rapport au curseur "cotisation". Pour assurer ce système - et le problème est également le même avec l'autre système dit de "primauté de cotisation" -, il faut en assurer le financement. C'est la question capitale du fonctionnement du 2e pilier, comme l'avait indiqué avec un esprit de synthèse remarquable la spécialiste mandatée par le Grand Conseil pour éclairer sa commission des finances (cette personne de haute valeur avait eu diverses fonctions en relation avec les caisses publiques vaudoise et valaisanne, disposant ainsi d'une large expérience qui a éclairé les députés en dehors des "polémiques à deux bal(le)s").

Les mécanismes concernant le 2e pilier sont complexes mais la question cardinale du "financement" nous permet d'y voir clair. 

Après l'acceptation de la loi 1228 (co-signée par le MCG) au printemps 2019 par le peuple, il fallait mettre en place ce dispositif légal. La date-clé est le 31 décembre 2019, moment de l'entrée en vigueur. C'est à cette date que sont déterminés un certain nombre de paramètres. Le comité de la CPEG va ainsi prendre deux mesures de prudence qui lui seront reprochées: la baisse du taux technique à 1,75% et le changement de table de calcul actuariel plus prudent (tables de mortalité générationnelles renforcées au lieu des tables de mortalité périodiques). En raison de ces mesures, l'apport initial de liquidités augmentera de 0,5 milliard prévu à 1 milliard mais, en échange, le coût annuel payé pour la recapitalisation sera abaissé.

Je tiens ici à souligner l'intelligence du comité de la caisse de pension CPEG, qui a misé sur la solidité financière à long terme. Ainsi n'a pas été commise l'erreur qui consistait trop souvent à ne pas donner les moyens suffisants aux caisses de pension publiques, par démagogie et manque de courage. 

Pendant trop longtemps, nos prétendues "élites" genevoises se sont perdues dans des maquignonnages de bas niveau. En agissant ainsi, la République genevoises s'est affaiblie.

Nous avons maintenant la possibilité d'arriver à une solidité financière dans l'équité pour la CPEG mais surtout pour l'Etat de Genève qui dépend de l'équilibre de sa principale caisse de pension pour des finances saines à long terme.

François Baertschi, député au Grand Conseil genevois

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